On parle de plus en plus de développement durable, mais comment cela se traduit-il à l’échelle des entreprises ?

Sont-elles "obligées", fortement incitées, encouragées, ou trouvent-elles tout simplement leur intérêt à adopter de nouvelles politiques d’actions, plus en phase avec les aspirations de la société civile, relayées par les ONG ?
Est-ce un effet de mode, une question d’image ou un nouvel outil répondant à leur stratégie ? Cela leur donne-t-elles un avantage compétitif ? Si oui de quelle manière ?

Sonia COUPRIE
Mail : sonia_couprie@esc-saint-etienne.fr
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Contributions

  • Les entreprises ne sont pas a priori philanthropiques, je ne vois pas bien l’intérêt pour elles, sinon pour des raisons purement commerciales d’adopter une démarche de développement durable...
    8 février 2008 15:00, par Antoine
  • Cher Antoine,

    Je comprends tout à fait ton opinion sur le sujet.
    En revanche, je ne pense pas que le développment durable ne touche uniquement la dimension commerciale dans une entreprise.
    A l’heure actuelle, il me semble que le developpement durable ne représente quasiment plus un avantage competitif puisque cet outil s’est standardisé en masse dans la plupart des entreprises (notamment dans le domaine des services).
    Au debut de la création de cette notion, le développment durable signifiait avantage commercial et compétitif. Pendant cette période, les entreprises pouvaient jouer sur cet argument concurrentiel par apport à leurs concurrents.

    Aujourd’hui, le developpement durable est une notion que l’on peut mettre en relation avec celle de l’éthique. Le developpement durable apporte aux consommateurs ou aux utilisateurs un garantie du respect de certaines valeurs, à savoir la défense des droits de l’homme (ex : travail des enfants en Chine), la préservation de notre planète (ex : réchauffement climatique, déforestation en Amazonie).
    Le développement durable signifie également une forme de "non-gaspillage". Autrement dit, il représente uné réelle source d’economie pour les entreprises au niveau financier (electricité, eau, fournitures internes, papiers,... Toute cette maitrise, ce controle de l’utilisation de certaines ressources naturelles limitées (ex : feuilles de papier) représente un gain financier considérable pour les entreprises.

    Pour ma part, le développement durable est devenue une réelle prise de conscience, un constat de la dégradation de notre planète par nos sociétés. Le développement durable représente le controle de cette degradation provoquée par l’homme.

    Comme le dit le dicton "Mieux vaut prévenir que guérir".
    Cette citation exprime très bien ma pensée car il me semble important de souligner que ce qui nous coûte aujourd’hui nous coutera davantage dans l’avenir que ce soit au niveau de la préservation de notre planète mais encore au niveau financier.
    11 février 2008 12:35, par Charles-Antoine
  • Merci à tous les deux de votre contribution et Charles-Antoine de cette incitation à la prise de conscience citoyenne !
    On pourrait également y ajouter la maxime "d’abord ne pas nuire".
    Les entreprises ont bien sûr des intérêts commerciaux dans la démarche, mais pas seulement.
    En termes d’image, de responsabilité sociale, d’avantage concurrentiel, elles voient de plus en plus l’intérêt de se conformer aux nouvelles exigences de la société civile.
    Cependant, pour reprendre les termes de certains critiques à l’égard du développement durable, la notion de développement durable ne connaît son succès que grâce au flou sémantique dont elle est entourée : certains retenant surtout le terme de développement, d’autres plutôt celui de durable, rendant la discussion et les négociations entre eux possibles. Comme il est dit ou certifié durable, le développement peut alors être généralisé.
    C’est une vision certes un peu pessimiste et je préfère vous laisser méditer sur cette citation de René Dubos : "Il sera plus facile de consacrer notre intelligence et nos efforts à l’amélioration de la qualité de la vie, lorsque nous cesserons d’être obsédés par la croissance qualitative. Finalement, c’est la notion même de progrès qu’il nous faut reconsidérer."
    11 février 2008 18:02, par Sonia COUPRIE
  • Soutenir le développement durable n’est il pas un peu hypocrite ? Simple question, car si on prend l’exemple des énergies "vertes", ne peut-on pas dire que la baisse d’impact sur l’environnement est difficilement quantifiable étant donné que la production en masse de ces énergies nécessite l’utilisation de pesticides ?

    La réaction des entreprises seraient alors à mon avis simplement une question d’image (il est dans leur intérêt de suivre les tendances politiques actuelles) Cela donne bonne conscience aux consommateurs.
    3 mars 2008 22:24, par Clara
  • Bonjour Clara,
    Merci de vos remarques. Le risque lié aux biocarburants est également d’ordre social : la perspective du marché de ces nouveaux carburants (et les encouragements de la Commission Européenne) a donné lieu à une ruée vers l’or vers dans les pays du Sud, dont les populations vulnérables encourent le risque d’être expropriées de leurs terres, de se faire exploiter et de voir leur sécurité alimentaire se détériorer. La préservation de l’environnement ne doit pas se faire au détriment de celle des populations ou alors nous ne pouvons pas parler de développement durable (en tout cas pas durable pour tout le monde). De là à penser que cette notion est hypocrite, c’est franchir le pas un peu vite.
    En adoptant un comportement plus responsable envers la société et l’environnement, les entreprises ne sont pas gagnantes qu’en termes d’image.
    La responsabilité sociale peut, notamment en revisitant les acquis des démarches qualité, être à l’origine de gains de productivité et de réduction des coûts pour les entreprises. Celles-ci y trouvent également des opportunités d’élargir ou de réorienter leur portefeuille d’activité en se positionnant sur de nouveaux marchés. Enfin, la mobilisation du personnel et de parties prenantes externes, autour de valeurs et de projets stratégiques permet de réduire le risque social et de créer une dynamique de progrès. Cependant, il est vrai que pour beaucoup d’entreprises l’exigence de responsabilité vis-à-vis de la société apparaît comme une contrainte plutôt que comme un investissement dans une stratégie dont les résultats positifs sont à moyen ou à long terme plutôt qu’à court terme.
    5 mars 2008 16:19, par Sonia COUPRIE
  • La notion de développement durable d’aujourd’hui est principalement associée à la protection de la nature, à la protection des générations futures et au développement économique sur le long terme.
    Les entreprises, dans leur but premier, qui est de prospérer, ne se plierons pas à ces notions si elle ne peuvent en tirer un profit. Certes, on peut parler de prise de conscience et de responsabilité des grands patrons. Mais ils ne restent néanmoins qu’une minorité fasse aux entreprises possédant un certain nombre d’actionnaires. Or, ces actionnaires là ont avant tout pour but de faire prospérer l’entreprise et d’en tirer des profits.
    On peut alors espérer que le développement durable sera un avantage pour ces entreprises, afin qu’elles puissent l’appliquer non seulement pour elles-mêmes, mais surtout pour les générations à venir. Cette notion étant de plus en plus à la mode, les entreprises se plient donc parfois aux exigences des consommateurs.
    Ainsi, le développement durable est parfois synonyme de marque de luxe, ou marque de solidarité selon les cas. Là où il faut faire attention est la vigilance constante que l’on doit apporter à la publicité mensongère de certains de ces produits. Car il y aura toujours des personnes pour profiter des failles du marketing, et faire passer certains produits pour des produits équitables via des superlatifs et publicités à répétition, alors que ces produits n’en sont pas.
    Et c’est pour cela que la véritable solution viendrait de la législation.
    L’état se doit de contenir le libéralisme économique dans des limites morales et de bon sens. Non seulement pour le marketing que l’on pourrait faire autour d’un produit, mais également pour la qualité de ces produits. On peut dors et déjà se sentir plus en sécurité dans nos pays que dans certains pays ultra-libéral comme les Etats-Unis, car l’Europe met un accent beaucoup plus important sur le principe de précaution. Dans le débat actuel sur la qualité des produits alimentaires et des OGM par exemple, cette notion reste au coeur du sujet.

    Pour en revenir au développement durable, cette notion comprend une certaine par de responsabilité. Or, nous pouvons observer des exemples flagrants de comportements non responsables :
    La gérance des états est, malheureusement, souvent sujette à des intérêts politiques, cherchant à établir la stabilité d’un certain partit ou d’un autre. Pour cela, certains mouvements font tout pour se maintenir au pouvoir, y compris gaspiller les apports que leurs prodiguent les ressources naturelles de leur territoire.
    Combien d’états ayant du pétrole ne se préoccupent-ils pas de leur propre population et des intérêts de leurs citoyens ? C’est l’inverse même de la notion de développement durable.
    Mais heureusement, nous pouvons également compter sur une certaine conscience politique, comme par exemple pour la Norvège, qui fait figure de modèle : Celle-ci à voulu investir dans des fonds souverains l’argent de ces ressources naturelles afin de se préserver de l’avenir. L’esprit responsable du nord de l’Europe est une nouvelle fois précurseur des futures orientations des grands pays, et permet l’évolution de la conscience morale Européenne.
    En effet, Bruxelles a décidé de prendre pour exemple ce fond souverain Norvégien, afin d’appliquer une politique budgétaire plus responsable. Nous pourrions également reprendre l’exemple de l’Allemagne au niveau de l’environnement, qui fait également figure de modèle de ce point de vue là.

    Ceci nous fait donc comprendre que la prise de conscience des patrons et chefs d’entreprise est minoritaire dans l’évolution vers un monde durable. C’est donc aux états, donc aux politiques, et donc aux citoyens les élisant que revient la responsabilité morale de prévoir un monde durable pour leurs descendances. Ce message, appuyé par les ONG, s’amplifie et permettra peut être un jour une prise de conscience importante des acteurs principaux du monde, qui sont ces propres habitants.
    2 avril 2008 17:07, par Gautier
  • Bonjour Gautier

    Effectivement, le développement durable ne passera pas seulement par la bonne conscience de quelques chefs d’entreprises citoyens, mais par la mobilisation de tous. Le caractère global des conséquences de la non prise en compte de l’environnement devrait nous pousser à une mobilisation tout aussi globale. Quoi qu’il en soit et en attendant cette prise de conscience citoyenne et politique à grande échelle, les entreprises ont tout de même un rôle important à jouer en termes de développement durable ou de responsabilité sociale. Les nouvelles attentes de la société, qui se reflètent de façon croissante dans les législations nationales ou communautaires incombent désormais, pour leur mise en application, à l’entreprise qui doit pour cela intégrer et traiter simultanément des dimensions économiques, écologiques et sociales liées à ses activités. Pour mesurer cette implication et surtout les impacts de son activité au travers de ces dimensions, le bilan financier, social et environnemental, qui offre une perspective plus large sur la performance de l’entreprise, sera l’outil clé du développement durable.
    Gageons également que l’enjeu n’étant pas seulement environnemental, mais aussi économique et social, la nécessité d’intégrer la dimension durable aux stratégies des entreprises apparaisse de plus en plus clairement.
    « Les moeurs font toujours de meilleurs citoyens que les lois ».
    Montesquieu
    8 avril 2008 15:27, par Sonia COUPRIE


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